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L’Usine de rien / Sortie au cinéma le 13 décembre 2017

Le 13 décembre, sort L’Usine de Rien (La Fabrica de Nada), un film du collectif de réalisateurs portugais Terratreme Filmes, réalisé par Pedro Pinho. Ce collectif rassemble plusieurs anciens stagiaires d’un atelier de réalisation à Lisbonne : Tiago Hespanha, Leonor Noivo et Luísa Homem. En prime, un membre et formateur des Ateliers Varan passe de l’autre côté de la caméra pour faire l’acteur : l’unique Daniele Incalcaterra.

L'histoire :

Une nuit, des travailleurs surprennent la direction en train de vider leur usine de ses machines. Pour empêcher la délocalisation de la production, ils décident d’occuper les lieux. À leur grande surprise, la direction se volatilise laissant au collectif toute la place pour imaginer de nouvelles façons de travailler dans un système où la crise est devenue le modèle de gouvernement dominant.

Entretien avec Pedro Pinho, réalisateur du film

Comment est né le projet du film ?

Il y a six ans, nous avons débuté une collaboration avec un metteur en scène portugais, Jorge Silva Mello, qui voulait adapter au cinéma une pièce de théâtre intitulée « L’Usine de rien » et qui est à l’origine une comédie musicale pour enfants. En 2014, nous avons donc décidé de reprendre en main l’écriture du projet à quatre : Luísa Homem, Leonor Noivo, Tiago Hespanha et moi-même. Nous avons conservé quelques idées du projet initial, mais nous l’avons modifié de fond en comble pour nous l’approprier et le faire correspondre à notre univers et à notre façon de travailler. Nous sommes partis dans une région industrielle au nord de Lisbonne à proximité du Tage, où nous avons loué un appartement pour y habiter et réaliser une enquête à base d’entretiens avec des ouvriers en poste, en lutte ou en situation de licenciement. Nous avons ensuite absorbé ces histoires dans l’écriture, qui a été imprégnée par cette région où l’on trouvait notamment de nombreuses usines de ciment ou de carrelage.

L’usine est un lieu important du film. Comment l’avez-vous trouvée ?

L’usine a été difficile à trouver. Lorsqu’on présentait l’idée et le scénario, nos interlocuteurs nous répondaient être prêts à nous accueillir, mais pas sur un tel sujet abordant la prise de contrôle par les ouvriers de leur usine ! Il s’est alors produit un hasard magique. Alors que j’expliquais une énième fois le projet à l’administrateur d’une usine, j’ai aperçu une lueur dans ses yeux : ce que je lui racontais était « l’histoire de son usine ». L’usine où nous avons tourné a en effet été occupée par ses ouvriers durant la révolution des Œillets de 1974. Elle appartenait au constructeur américain d’ascenseurs OTIS qui a fui pendant le processus révolutionnaire. Les travailleurs ont proposé d’acheter l’usine pour un dollar, ce qui a été accepté. Ils ont alors commencé à travailler en autogestion, avec des assemblées générales réunissant plus de 300 travailleurs. Cela a duré jusque dans les années 1990, avant que l’usine ne doive changer de statut, notamment pour accéder à certains crédits bancaires. Elle a finalement fermé en 2016, donc après la fin de notre tournage. Cette coïncidence incroyable nous a non seulement permis de faire jouer certains ouvriers de l’usine, d’incorporer certains éléments de l’histoire de ce lieu à notre scénario, mais surtout de créer une sorte de magnétisme entre notre équipe et les ouvriers, que nous avons ressenti dès les premières sessions de travail. Nous sommes parvenus à créer un collectif de personnes sensibilisées à ces questions et à créer une communauté de travail inédite. Que l’usine qui nous a servi de décor ait elle-même fonctionné en autogestion pendant des années constituait la cerise sur le gâteau !

Le film donne en effet le sentiment d’épouser une facture documentaire, même s’il s’agit bien d’une fiction. Comment le casting et le tournage ont-ils permis cela ?

La grande majorité des acteurs sont des amateurs, eux-mêmes ouvriers, même s’il y a aussi quelques comédiens professionnels. Le scénario était complètement écrit, y compris les séquences qui fonctionnent comme du documentaire à l’intérieur du film, mais nous avons emprunté une méthode de travail particulière, qui laissait une grande place à l’improvisation. Nous n’avons pas montré le scénario terminé aux acteurs, et avons même entretenu une forme de secret. Nous n’avons pas fait de répétition des dialogues, mais avons été attentifs à tout ce qui se passait sur le plateau, à la fois devant et derrière la caméra. Chaque jour, on présentait aux acteurs la situation qu’on voulait tourner, et les gens devaient réagir, avec leur mémoire personnelle et émotionnelle, y compris la mémoire de leur corps. Les dialogues sont finalement largement improvisés. La plupart du temps, nous avions toutefois quelques lignes de dialogues qu’on tentait d’implanter au milieu de l’action, en les murmurant à l’un des acteurs, et en laissant les autres réagir. Tout se passait comme s’il s’agissait d’insuffler discrètement du sens à une forme de chaos organisé pour aboutir à un résultat proche du scénario imaginé.

L’Usine de rien est un film cosigné par plusieurs personnes, même s’il est réalisé par vous. Est-ce qu’il fallait un film collectif pour parler de ce lieu essentiel du collectif qu’est le travail en général, et le travail en usine en particulier ?

Nous avions constitué ce collectif de réalisateurs du nom de Terratreme avant de nous engager dans ce projet de film. Il s’agissait pour nous d’être en mesure de produire des films, de façon autonome, sans être dépendants des grandes sociétés de production, avec à la fois l’idée de faire des films ensemble, mais aussi d’utiliser moins de ressources, parce que chacun travaille dans et pour les films des autres. Chaque réalisateur peut ainsi davantage être l’acteur de la production et du budget de son film, décider s’il préfère avoir un mois de répétition supplémentaire ou un budget décor plus important. Mais l’idée principale est de tenter un travail collectif horizontal, même si ce n’est jamais complètement le cas, parce que le cinéma reste un lieu qui demande des décisions individuelles, pour choisir où placer la caméra, faire rejouer ou pas telle ou telle scène… Quand on a commencé à écrire une histoire sur une usine entrant en autogestion, on s’est donc rendu compte que ces questions étaient aussi les nôtres, sur notre lieu de travail, qui est une petite usine de films. Cela a enrichi nos discussions et nous a mieux permis de saisir les échanges entre les ouvriers, de mieux accéder à la dramaturgie et aux tensions entourant les discussions sur l’organisation du travail.

TERRATREME FILMES

Fondé en 2008, Terratreme Filmes est un collectif de production cinématographique né du désir ardent de six jeunes réalisateurs et producteurs de développer un modèle de production adaptable aux singularités de chaque film. Notre but est d’associer la recherche et la création en inventant une méthode de travail où ce sont les besoins du film qui déterminent le modèle de production, et non l’inverse. Comme dans le film éponyme de Luchino Visconti ( La Terre tremble – 1952) – où un groupe de pêcheurs s’unit pour acheter un bateau et arrêter de dépendre du propriétaire qui les embauche – il était grand temps pour nous de prendre cette liberté et de révéler la production comme une variable esthétique fondamentale dans la façon dont un film se fabrique. Nous pensons que seule l’implication directe des réalisateurs dans l’ensemble du processus de production peut contribuer à faire exister le film escompté. Travaillant actuellement avec des réalisateurs singuliers, Terratreme Filmes est l’une des sociétés de production portugaises parmi les plus influentes et présente ses films dans les plus grands festivals. Le collectif développe également une activité de co-production avec différents partenaires dans de nombreux pays.

« Un voyage en cinéma où soudain surgissent à l’écran un moment de comédie musicale ou une échappée irréelle dans un marécage peuplé d’autruches. A l’écran, on ne sait donc jamais ou presque à quoi s’attendre. Pinho et ses complices nous embarquent dans un mix parfait entre réalisme et baroque. L’art de parler d’emploi en faisant fi de tout mode d’emploi. » Thierry Chèze – PREMIERE

« Usine de rien mais film de tout, mélange enthousiasmant de documentaire, de fiction sociale et de comédie musicale (…) le cinéaste filme sans dolorisme et avec une fierté bravache la résistance du prolétariat, menacé d’extinction mais toujours debout. » Xavier Leherpeur – L’OBS

Portugal | 2017 | 2h57 / Distribution : METEORE FILMS

Quinzaine des réalisateurs 2017 – Prix FIPRESCI sélections parallèles // FilmFest Munich – Meilleur Film // Film soutenu par l’Acid

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